La Semaine Africaine de l’UNESCO réunit chaque année à Paris États, institutions internationales, chercheurs et praticiens autour des grands défis du continent. L’édition 2026 (19-22 mai), placée sous la présidence de la RDC, était consacrée à l’eau.
À cette occasion, j’ai eu l’opportunité d’intervenir aux côtés de Koen Verbist (UNESCO-IHP), la journaliste Mme Oumou Dosso et Dr. Loice Gudukeya autour d’une conviction que je défends depuis plusieurs années : en Afrique, la technologie et l’innovation constituent des leviers majeurs de transformation économique et sociale, à condition qu’elles soient appropriées par les acteurs qui en sont les utilisateurs et les bénéficiaires.
L’enjeu n’est pas de multiplier les solutions technologiques importées ou les démonstrateurs déconnectés des réalités locales. Le véritable défi consiste à concevoir des outils capables de renforcer les capacités de décision, d’améliorer la gestion des ressources et de produire des résultats tangibles pour les communautés.
Dans le secteur de l’eau, cette technologie que les acteurs locaux peuvent s’approprier porte souvent un nom simple : la donnée.
Non parce que l’Afrique manquerait d’ingénierie ou d’infrastructures, mais parce que sans données fiables, accessibles et partagées, les investissements les plus importants peinent à atteindre leur plein potentiel. La qualité de la gouvernance de l’eau dépend en grande partie de la qualité de l’information disponible pour ceux qui prennent les décisions.
Deux expériences illustrent cette réalité.
- Le projet HydroSpace4Senegal, mis en œuvre sur le bassin du fleuve Sénégal, illustre le potentiel des technologies de la donnée appliquées à la gestion de l’eau. Il s’appuie en particulier sur la technologie de la startup française Blue Water Intelligence (BWI), qui numérise les réseaux hydrographiques à l’échelle mondiale en combinant intelligence artificielle et données satellitaires afin de créer des « stations hydrologiques virtuelles ». Associés à des données de terrain, ces outils permettent de générer des prévisions de débits à dix jours, offrant ainsi à la SAED une capacité accrue d’anticipation et d’arbitrage dans la gestion d’un bassin transfrontalier complexe.
- À une échelle différente, le projet NTSIO, dans les Plateaux de Batéké en RDC, démontre la même logique. Grâce à une infrastructure alimentée par énergie solaire, associée à un système numérique de suivi et de paiement, plus de 260 familles situées à près de 150 kilomètres de Kinshasa bénéficient aujourd’hui d’un accès régulier à l’eau potable. Les gestionnaires locaux disposent d’informations en temps réel sur l’exploitation du service, tandis que les usagers peuvent suivre leur consommation. La technologie devient ici un outil d’autonomie, de transparence et de pérennité.
Ces deux initiatives, bien que très différentes dans leur conception et leur échelle d’intervention, conduisent à une même conclusion : l’innovation produit de la valeur lorsqu’elle améliore concrètement la capacité d’action des acteurs locaux. Son impact ne se mesure pas à son degré de sophistication, mais à sa capacité à être utilisée, comprise, adoptée et maintenue dans la durée.
Comme l’a rappelé la Première ministre Judith Suminwa lors de la clôture de cette semaine : « Les générations africaines n’attendent plus des intentions. Elles attendent des résultats. »
Cette exigence de résultats, d’appropriation et d’impact demeure, à mes yeux, le principal critère d’évaluation de tout projet d’innovation au service du développement.